Jean-Marie Straub – L’inconsolable (2011)

L’Inconsolable
2010, 14 minutes 44 secondes, couleur
D’après L’inconsolabile, Dialogues avec Leucò de Cesare Pavese.

Sept des Dialogues avec Leucò (1947) sont mis en scène dans De la Nuée à la résistance (1979), cinq le sont dans Ces rencontres avec eux (2006). Le genou d’Artémide (2009), Femmes entre elles (2009) puis L’inconsolable (2011) en constituent donc les treizième, quatorzième et quinzième adaptations.

Celle-ci est probablement la plus belle et c’est absolument bouleversant d’accompagner les 82 ans de Jean-Marie Straub dans cette apologie de la vie retrouvée après la mort psychique. Il l’obtient à partir des pauvres moyens d’une vidéo de mauvaise qualité mais parvient à préserver l’essentiel : les jeux de l’ombre et la lumière, le surgissement de l’incongru, de la dissonance au sein d’un discours bien réglé.

Un dernier plan plein de vent et de fureur

La version la plus courante relative à la mort d’Orphée est que les Bacchantes ou Ménades éprouvèrent un vif dépit de le voir rester fidèle à Eurydice et le déchiquetèrent. Ici aussi, la colère de Bacca est terrible lorsqu’elle se révèle dans un plan à grande profondeur de champ et que le vent se déchaîne. Jusqu’alors, le dialogue avait fait alterner des plans de différentes tailles des protagoniste avec des raccords regards gauche droite et droite gauche sans profondeur de champ. Cette fausse proximité des hommes et des dieux sur le même plan est contredite par le dernier plan ou Bacca à l’arrière plan va déchainer sa fureur sur l’homme qui ne discute qu’avec lui-même et ignore ses conseils apaisants.

Le soleil après l’enfer

Quelle vérité de l’homme Orphée a-t-il découverte dans le néant ? Qu’il n’y a pas de consolation au fait d’être mortel. Qu’il est vain de vouloir le retour du passé, la résurrection des morts. Et que d’avoir connu la mort fait aimer et chanter d’autant plus la vie, la lumière. Il ne faut pas imiter les dieux, mais savoir ce qu’est un homme : descendre dans le néant que l’on porte en soi, en revenir et se tenir dans la lumière, chanter la vie, fort de ce néant, de l’avoir regardé en face

Le temps présent du bruissement des feuilles, du changement de lumière sur un front, du plissement de ce front au passage d’une ombre intérieure n’en est que plus fort. C’est ce temps immémorial, à jamais enfoui derrière les apparences du lieu, des pierres, des arbres, que le cinéma seul peut lever, dévoiler à même la surface des choses. Être un homme, c’est se tenir au pli de ces temps, éprouver en soi l’anachronisme. C’est hériter de l’immémorial, de ce qui vient d’au-delà du souvenir. C’est agir, parler, se tenir, ici et maintenant, devant une caméra

L’Orphée de Pavese a cessé de pleurer Eurydice, car ayant éprouvé la mort, il a renoncé à condamner sa bien aimée à une seconde mort, en la ramenant chez les vivants. Il s’est donc retourné, a laissé la morte à sa place, pour, s’étant trouvé, chanter seul la vie et la lumière, en pleine connaissance des ténèbres.

Source : Cyril Neyrat dossier de presse du film, février 2012.

230MB | 14:45.160 | 704×512 | avi

http://nitroflare.com/view/50BD796EA108F58/L%27inconsolable.avi
http://nitroflare.com/view/59A2145FFFFE90A/INCONSOLABLE_SUBS.zip

Language:Italian
Subtitles::French,English,Italian

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